Témoignage de Juliette, 25 ans : « J’ai reçu un message de mon dermatologue m’annonçant le mélanome de stade 1. »

16 avril 2026 | Lifestyle, Réci'lience | 0 commentaires

Cet article fait partie de Réci’lience, une série de récits où des femmes et des hommes partagent un moment de leur vie où tout a vacillé… et où ils ont pourtant trouvé la force de se relever. Ici, tu découvriras une histoire vraie, humaine sans filtre. Un partage, comme si l’on se confiait entre nous.

Aujourd’hui, je te propose de découvrir le parcours de Juliette, 25 ans. En couple depuis trois ans, elle est concierge dans un hôtel 5* et créatrice de contenu voyage sous le nom de Jux.travel.

Passionnée par le monde depuis toujours, Juliette a fait de l’hôtellerie son tremplin pour explorer les quatre coins du globe. Pour elle, voyager n’est pas seulement un loisir, c’est une philosophie : une quête de liberté, de découverte et de connexion humaine. Elle aime particulièrement dévoiler les destinations oubliées, celles que l’on critique trop vite, et partager ces trésors cachés avec sa communauté.

Mais en 2022, à seulement 21 ans, alors qu’elle vivait sa meilleure année à l’île de La Réunion, un grain de beauté a changé le cours de son histoire. Un diagnostic rapide de mélanome de stade 1 l’a brutalement rappelée à la réalité : la maladie peut frapper n’importe qui, n’importe quand, même (et surtout) quand on est jeune et en pleine forme.

Dans ce témoignage, Juliette nous raconte comment cette épreuve a transformé son rapport au soleil, à son corps et à l’insouciance.

Une histoire de résilience solaire, pour nous apprendre à écouter notre corps, à protéger notre peau et à comprendre que la vraie force, c’est d’accepter ses nouvelles limites pour mieux les dépasser.

Le contexte avant l’annonce du mélanome

Peux-tu nous raconter dans quel moment de ta vie tu te trouvais quand tu as remarqué ce grain de beauté ?

J’étais en stage pour mes études d’hôtellerie dans un hôtel 5* à l’île de La Réunion. Ce stage a duré 4 mois, de septembre à décembre 2021. C’était la meilleure période de ma vie !

J’ai adoré cette île, je me voyais y vivre plus tard, j’ai adoré les gens et les rencontres que j’y ai faites, ce mode de vie insulaire, la version de moi là-bas… vraiment tout. Il faut y vivre pour le comprendre, cette île a mon cœur, mais maintenant, c’est bien plus difficile à envisager de vivre là-bas…

À 21 ans, est-ce que la maladie faisait partie de tes peurs… ou est-ce que ça te semblait très loin de ta réalité ?

La mort m’a toujours touchée et fait peur. Depuis petite. Je pense avoir un héritage familial et notamment transgénérationnel où j’ai ressenti les blessures de deuil de mon entourage, de mes « ancêtres », sans les avoir vécues moi-même. J’ai toujours eu peur pour mes proches, qu’ils partent du jour au lendemain, mais pas forcément de maladie. J’étais très consciente des dangers de tout ça sans être dans la peur ni la paranoïa.

Pour moi-même, je n’ai jamais vraiment eu peur. Enfin, de la maladie. À l’âge de 16 ans, j’ai vécu un énorme drame, une expérience très traumatisante durant laquelle j’ai eu, cette fois, peur pour ma vie. Et c’est à ce moment précis que j’ai compris l’importance de vivre. De suivre ses envies, ses rêves, de célébrer son anniversaire au lieu de se plaindre de vieillir, car d’autres auraient tout donné pour atteindre l’âge que tu fêtes aujourd’hui.

Et c’est aussi notamment grâce à cette expérience dramatique qu’à l’âge de 21 ans, j’ai su appréhender le cancer d’une manière plus sereine. Alors oui, la maladie m’a fait peur et surtout le mot « cancer », mais j’étais déjà passée par une épreuve bien plus grave à mon sens. Et c’est là que j’ai su bien mieux gérer la nouvelle.

Le premier signe et la prise en charge

Comment as-tu remarqué que ce grain de beauté n’était « pas comme les autres » ?

Alors ce grain de beauté était tout à fait normal. D’ailleurs, pendant mon diagnostic, ils pensaient qu’il était bénin. Ce qui m’a alertée est la rapidité avec laquelle il a grossi. En quelques mois, il est apparu et a triplé de volume (même s’il restait assez petit). La chance que j’ai eue est qu’il ait été sur mon oreille, donc je le voyais facilement, contrairement à d’autres parties du corps qu’on n’observe pas trop, voire pas du tout.

Qu’est-ce qui t’a poussée à consulter rapidement ?

En rentrant de La Réunion, j’ai vu ma meilleure amie qui fait des études de médecine et je lui en ai parlé.

Elle était alerte sur le sujet et m’a clairement dit que l’évolution rapide était un signe assez parlant et que je devais consulter avant de repartir en voyage dans une autre destination. (Après La Réunion, je devais partir pour 6 mois d’échange universitaire au Mexique).

Puis, en rentrant, j’en ai parlé à mon père qui, lui, s’est vite affolé ! Alors j’ai consulté le lendemain !

Avec le recul, est-ce que tu réalises à quel point cette rapidité a été importante pour la suite ?

Elle était extrêmement importante et c’est ça qui m’a sauvée et qui m’a permis notamment d’éviter des traitements lourds comme la chimio, la radio ou l’immunothérapie.

Grâce à cette rapidité de détection et de traitement, je n’ai pas atteint un stade plus élevé du cancer et je n’ai pas eu de métastases. Aussi, il faut savoir que plus on est jeune, plus les cellules cancéreuses se reproduisent vite, donc plus la maladie progresse à une vitesse folle !

Quelques semaines ou mois de plus et je ne serais peut-être pas en train d’écrire ces mots…

L’annonce du mélanome

Comment as-tu appris que c’était un mélanome de stade 1 ?

Avant de partir au Mexique, on m’a fait une biopsie. Je suis partie au Mexique avec le doute : 50/50. Soit c’était malin, soit bénin. Et j’ai reçu un message de mon dermatologue m’annonçant la nouvelle. Il me semble… cette partie est floue pour moi, pour être honnête, je ne sais plus vraiment comment ça s’est passé.

Qu’est-ce que tu as compris, à ce moment-là, de ce que cela signifiait pour ta santé ?

J’ai compris que c’était grave, mais c’était confus, ça voulait aussi tout et rien dire. Mais le mot « cancer » fait peur, puis mes proches qui étaient informés paniquaient plus que moi, alors c’est là que j’ai compris que c’était bien plus grave que ce que je ne pensais.

Quelle a été ta première émotion en sortant de ce rendez-vous ?

Ce n’était pas un rendez-vous du coup, haha ! J’étais perdue entre les émotions, mais surtout les questionnements. Comment ça allait se passer ? Est-ce que j’allais pouvoir rentrer ? Est-ce que ça allait couper mon voyage et mes études ? Pour combien de temps ? Quelles conséquences ça aurait ?

La chirurgie

La chirurgie a été la première étape pour éviter toute récidive. Comment as-tu vécu l’idée qu’on doive enlever une partie de ton oreille ?

Si ça me permettait de vivre et de terrasser ce cancer, coupez tout ce qu’il faut. Je savais qu’ils allaient tout faire pour que je retrouve une oreille à peu près normale, alors l’esthétique m’importait peu tant que je pouvais guérir.

Le jour de l’opération, dans quel état d’esprit étais-tu ?

Je ne m’en rappelle pas ! J’étais accompagnée et ça comptait beaucoup pour moi.

Comment as-tu vécu le moment où tu t’es vue pour la première fois après la chirurgie ?

J’étais sous tramadol et avec un bandage énorme au visage, donc pas au top de ma forme, mais c’était normal. Je n’ai pas eu de réaction particulière. Ça faisait partie du processus de passer par l’opération, puis les soins intensifs à la maison pendant un mois avec un infirmier.

Puis, après un mois, ils m’ont retiré les 50 micros points de suture à vif, sans anesthésie, et là, j’ai souffert le martyre. J’ai hurlé de douleur dans la salle et elles étaient trois infirmières à me tenir, me rassurer et me retirer les points.

Je me rappelle d’y être allée avec ma grand-mère qui, déjà très inquiète, pleurait à m’entendre souffrir autant. Il faut savoir que les oreilles sont l’une des parties du corps les plus sensibles et que tout peut se ressentir très fort sur ces zones.

Après le retrait, c’était plein de sang et pas beau à voir, mais le temps ferait les choses !

Le regard sur soi

Est-ce que ton regard sur ton corps a changé après cette opération ?

Alors non. Pas sur mon corps. Ce qui a été le plus dur pour moi n’a pas été le pendant, mais l’après. Lorsqu’on m’a annoncé que je ne pourrais plus jamais m’exposer aux UV et donc au soleil, ça a ruiné mon monde, mes rêves, mes projets et ma confiance en moi.

Mon rêve de m’installer un jour sur une île partait à l’eau, tout mon quotidien devait changer : ma manière de m’habiller, ma façon de penser, où est-ce que je vais, ce que je fais, comment je le fais…

Ça paraît anodin quand on ne le vit pas, mais c’est un stress permanent, c’est contrôler et tout calculer dès que je sors ou dès qu’on me propose quelque chose, c’est ne plus être insouciante par rapport à quelque chose qui ne m’avait jamais traversé l’esprit avant.

« Juliette, tu viens à la plage avec nous cet après-midi, il y a tout le monde », Non, je ne peux pas… « Juliette, tu viens pique-niquer demain midi ? », Est-ce qu’il y a de l’ombre ? Est-ce que je vais pouvoir être en sécurité ? Est-ce que je vais profiter ?

Ce sont des exemples simples, mais il y en a pour tout et tout le temps.

Mon regard sur moi a changé dans le sens où c’était dur de se trouver jolie en été avec des habits anti-UV qui sont souvent pas très esthétiques, alors que j’avais l’habitude de porter de jolies robes colorées. D’être toujours celle qui s’habille pareil, qui ne peut plus mettre de sandales ou devoir mettre de la crème H24 sur ses pieds, bras, jambes… c’est tellement contraignant que la solution la plus simple, ce sont ces habits, mais ce n’est pas toujours facile.

Aujourd’hui, comment décrirais-tu ta relation à ton image ?

Aujourd’hui, c’est toujours un peu pareil, mais j’ai accepté. Je suis plus flexible avec tout ça et moins stressée, mais j’ai pris l’habitude, on va dire !

« Lorsqu’on m’a annoncé que je ne pourrais plus jamais m’exposer aux UV et donc au soleil, ça a ruiné mon monde, mes rêves, mes projets et ma confiance en moi. »

Le voyage comme moteur

Tu es passionnée par le voyage. Est-ce que cette épreuve a modifié ton rapport au monde, à l’ailleurs, au temps ?

Alors oui, pour la seconde fois de ma vie, j’ai eu un rappel comme quoi tout peut basculer du jour au lendemain, même si j’étais déjà suffisamment consciente.

Ça a donc accentué mon rapport au temps pressé, ce qui, je pense, n’est pas forcément une bonne chose ! Je veux tout vivre vite et je suis souvent pressée, impatiente, déjà que je l’étais de base, mais ça a creusé cette partie de moi. Aussi, j’ai du mal à comprendre le mindset des gens qui s’enferment dans quelque chose qui ne leur plaît pas, qui ne partent pas découvrir le monde et qui ne testent pas tout ce qu’ils aiment. Mais surtout cette société qui nous souffle que c’est bien de rester sage, d’être des citoyens modèles et de ne pas faire trop de vague !

On n’a qu’une vie. Cette phrase peut paraître bateau, mais elle prend tout son sens lorsqu’on connaît un drame, la maladie ou quelconque événement qui nous le rappelle.

Ça n’a pas modifié mon rapport au monde, mais m’a aidée à plus observer autour de moi. Ça a évidemment modifié mon rapport à l’ailleurs et aux destinations dans le sens où, maintenant, je choisis en conscience où je vais et ça impacte mes choix.

L’année suivante, j’ai rencontré mon copain et il est parti 6 mois à Bora Bora et tout le monde me disait : « Mais c’est trop bien, pourquoi tu ne le rejoins pas ?? »

– Bah… parce que qu’est-ce que je vais faire là-bas à part angoisser à longueur de journée ? Il n’y a rien d’adapté pour moi et je n’ai pas envie de passer mes journées couverte de la tête aux pieds, ce n’est ni agréable, ni évident, ni relaxant.

Donc, ça m’a changée, oui et non. J’ai longtemps lutté pour comprendre : pourquoi moi ? Pourquoi on me prive de soleil, de vivre où je veux et pourquoi je dois me cacher lorsque tout le monde se montre ?

Et j’ai compris… Compris que la vie essayait de me faire passer des messages. Je crois à beaucoup de choses et il faut être ouvert d’esprit et alerte pour parfois comprendre les messages qui se cachent dans les épreuves de la vie.

Est-ce que voyager t’a aidée à te reconstruire, à respirer à nouveau ?

Je voyageais avant et pendant, lorsque ça m’est arrivé, alors non, le voyage ne m’a pas aidée sur ça. Au contraire, ça a été difficile de voyager, mais je ne me suis jamais privée ni arrêtée pour autant !

Le voyage m’a fait comprendre que nous sommes tous différents et que chacun avance avec ses forces et ses faiblesses et celles de toute une génération qui l’a précédé.

Est-ce que cette maladie a renforcé ton envie de vivre, de découvrir, de ne pas remettre à plus tard ?

Oui, évidemment ! On se projette, on remet au lendemain, on ne profite pas des choses simples, des choses qui sont, au fond, vraiment importantes pour nous. Ça m’a permis de me recentrer, de me remettre en question, de comprendre beaucoup de choses et de vivre plus qu’en exécutant comme un robot.

L’entourage

Comment ton entourage a-t-il réagi en apprenant ton diagnostic ?

Ils étaient tous très inquiets, mais solidaires et présents. C’était tout ce dont j’avais besoin.

Qu’est-ce qui t’a le plus aidée : des mots, une présence ?

La présence de mes proches dans tout le processus. Le fait qu’on me traite comme Juliette. Pas comme « Juliette la malade ». Je n’avais pas changé : la maladie n’est pas moi et je ne suis pas la maladie. C’est un passage, une épreuve qu’on a surmontée ensemble. Et ça, c’est vraiment important.

Y a-t-il un moment ou un geste qui t’a particulièrement marquée pendant cette période ?

Oui, mon papa qui me trouvait forte et résiliente. Ça m’a touchée et fait plaisir. C’était totalement naturel pour moi, mais voir de la fierté face à mes réactions et de l’admiration m’a émue. Aussi, de voir le soutien et l’accompagnement, mais surtout l’inquiétude de mes proches m’a marquée. Et c’est surtout ça qui m’a fait prendre conscience de la gravité de cette maladie.

La résilience

Où as-tu trouvé ta force dans les moments de peur ou de doute ?

J’ai trouvé ma force dans mon envie de croquer la vie ! J’étais si jeune et on sortait à peine du Covid. Je venais à peine de débuter ma « vraie vie », celle que je ne vivais pas car on me l’avait imposée par les codes, la société, l’école !

Alors il était hors de question que je me laisse abattre, même si ça venait encore m’achever au milieu d’une période où j’étais au maximum de mon épanouissement.

Je me suis aussi rappelé que j’avais surmonté une épreuve qui, à mon sens, était bien pire, alors j’allais y arriver.

As-tu traversé des phases de colère, d’injustice ou de tristesse ?

Oui, beaucoup d’injustice. Comme si on me privait de ce que je savais faire de mieux : rayonner.

Qu’est-ce qui t’a aidée à continuer à avancer malgré tout ?

Ma rage de vivre, de découvrir le monde, de me dire que pour tous ceux qui n’atteignent pas ces âges, j’étais déjà chanceuse ! Et surtout, que je n’avais pas fini ma mission sur Terre !!

Qu’est-ce que cette épreuve t’a appris sur toi, à seulement 21 ans ?

Ça m’a appris à regarder les signes, écouter mon intuition, ça m’a montré ma résilience une fois de plus. Revenir aux choses simples. Que quand on n’a pas la santé, on n’a rien… Alors remettre de l’ordre dans les priorités même si on est jeune. Ça m’a appris que ça n’arrive pas qu’aux autres. Et que rien n’est acquis. Mais surtout, ça m’a appris qu’on s’adapte à tout.

Selon toi, qu’est-ce que la résilience aujourd’hui ?

La résilience, c’est ne pas se laisser abattre par les épreuves de la vie. C’est y croire. C’est voir plus loin et être portée par des convictions et des croyances tellement fortes qu’on ne se laisse pas le choix que de surmonter ce qu’il nous arrive. C’est faire preuve de maturité, d’humilité, de comprendre qu’on est tout et rien à la fois.

« La résilience, c’est ne pas se laisser abattre par les épreuves de la vie. C’est y croire. »

La prévention

Avant cette expérience, étais-tu consciente des dangers du soleil ?

Oui, j’en étais consciente, comme la moyenne des personnes si vous leur posez la question… On est conscient sans vraiment l’être, puis surtout, on s’en fout ! Car c’est une maladie qui ne se voit pas, car ça engendrerait de ne plus bronzer ou de le faire de manière réfléchie et c’est inconfortable, alors on ne veut pas se l’imposer. Puis, on pense que ça n’arrive qu’aux autres pour X ou Y raison.

Qu’est-ce que cette maladie a changé dans ta manière de t’exposer, de te protéger ?

Je me protège dès que je peux, avec de la crème 50+, des habits anti-UV, un parapluie anti-UV, un chapeau… Je ne m’expose plus du tout, je cherche l’ombre, je fuis les UV. Je fais même des cauchemars où je prends des coups de soleil et c’est vraiment usant d’être dans le contrôle, dans le stress et dans l’analyse.

Quel message aimerais-tu faire passer aux jeunes, et particulièrement aux voyageurs, sur la protection solaire et l’écoute de son corps ?

Protégez votre peau, le plus possible. Ça n’arrive pas qu’aux autres et c’est un réel handicap invisible. Soyez fiers de qui vous êtes, de votre couleur de peau. On s’en fiche d’être trop blancs ou pas assez bronzés, le principal, c’est de respecter sa santé et ça en fait partie.

S’il y avait un réflexe à retenir, lequel serait-il ?

Regarder l’indice UV sur ton appli météo avant de sortir et te protéger en te crémant avec de la 50, quel que soit ton type ou ta couleur de peau, à partir de UV 3. Et même si c’est nuageux (UV ≠ Soleil).

Quelles sont les choses essentielles que tu dois faire aujourd’hui pour éviter une récidive ?

Me protéger des UV et ne plus m’exposer. Faire des contrôles réguliers. Observer ma peau… Ça paraît simple comme ça, mais c’est un stress permanent, des frais, une organisation, des privations. C’est un vrai handicap, surtout en été ou dans des destinations chaudes.

Comment fais-tu pour avancer sans laisser la peur prendre trop de place, tout en restant vigilante ?

Quand on n’a pas le choix, on s’adapte, alors maintenant, je sais ce que je dois faire. Je m’observe avec la méthode ABCDE (Asymétrie, Bords irréguliers, Couleur, Diamètre, Évolution), mais pas que ! Je fais mes checks tous les ans chez un dermatologue, je me protège des UV, je sors lors des heures où les UV sont plus faibles et j’adapte mon mode de vie…

La peur est et sera toujours là, mais c’est comme avoir peur de se faire écraser. On reste vigilant, on suit les codes et normalement, tout devrait bien se passer, même si on ne contrôle pas les chauffards qui ne respectent pas les feux.

Aujourd’hui

Comment vas-tu aujourd’hui, physiquement et moralement ?

Aujourd’hui, ça va ! Je me suis adaptée et je suis contente de pouvoir aider les autres : sensibiliser, prévenir, rassurer ! Évidemment, j’ai toujours peur de la récidive, mais je ne me laisse plus envahir par l’angoisse car je fais tout pour l’éviter.

Quelle est ta plus grande victoire depuis ce diagnostic ?

Pouvoir en parler, porter ma voix, aider ceux qui en ont besoin, être un exemple et une épaule pour eux, mais surtout informer et sensibiliser les jeunes, notamment ceux qui n’ont que très peu conscience des dangers du soleil.

Aussi, être fière de ma couleur de peau. Ce n’est pas une honte d’être très blanche. C’est beau et unique. Le bronzage ne devrait pas être un critère et il cause bien plus de dégâts qu’il ne rend jolie, finalement…

Mais surtout, m’accepter comme ça, que mon handicap invisible fasse partie de moi, de mon histoire et d’assumer cette part de moi-même, même en habits anti-UV que je ne trouve pas forcément très beaux, même avec mon parapluie anti-UV l’été dans la rue quand tout le monde me dévisage…

Est-ce qu’il reste des peurs, ou au contraire une force nouvelle que tu ne te connaissais pas ?

Oui, il reste cette peur de la récidive, les cauchemars fréquents, mais aussi la force de m’assumer, de répondre à ceux qui me disent que je ne bronze pas et se moquent, d’être fière de qui je suis et de ma couleur de peau, car rien ne doit justifier ces moqueries, pour n’importe quelle couleur de peau.

Les autres ne savent pas tout, alors ils ne doivent pas se permettre de juger ou de rabaisser selon leurs propres critères.

Un mot pour résumer ton parcours ?

Je dirais « Solaire ». Car paradoxalement, c’est aussi comme on me définit !

Quel message faire passer aux autres ?

Que dirais-tu à une jeune personne qui découvre un jour un grain de beauté inquiétant mais hésite à consulter ?

Qu’elle écoute ses doutes, son intuition et que ça ne coûte rien d’aller consulter, mais ça peut te coûter beaucoup plus si tu mets ça de côté.

Et à celles et ceux qui viennent d’apprendre qu’ils ont un cancer de la peau ?

Ça va aller. Tu es forte d’affronter ça. La peur est normale, accueille-la : l’adaptation se fera. Il faut apprivoiser ce qu’il se passe et continuer d’écrire l’histoire. Aie conscience de ta force, de ta résilience, car on se sous-estime parfois beaucoup trop. La maladie ne te définit pas. Garde ton identité, ta joie de vivre et le reste suivra.

Qu’aimerais-tu que les autres retiennent de ton histoire ?

Qu’il faut se rendre compte de la chance qu’on a et ne pas attendre qu’on nous retire quelque chose pour l’apprécier !

À travers son parcours avec le mélanome de stade 1, Juliette nous montre que la résilience d’une jeune femme est une force à la fois solaire et profonde. Elle permet de continuer à avancer quand la maladie redessine les contours de ta vie, de traverser l’injustice de se voir privée de soleil et d’insouciance, et de continuer à croire en l’ailleurs, même lorsque le monde doit se réinventer autour de nouvelles contraintes. Elle permet de transformer l’épreuve en un regard neuf sur ce qui compte vraiment, d’apprendre à s’accepter telle qu’on est, et de savourer chaque destination, chaque rencontre, chaque instant de liberté.

Plongeons maintenant dans le récit d’Anaïs. Maman d’un petit William atteint de granulomatose septique chronique, elle a choisi de ne pas laisser la maladie de son enfant éteindre sa lumière. Une résilience portée par un amour viscéral, qui lui permet de tenir debout, de célébrer chaque progrès et d’aimer plus fort que la peur.

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