Témoignage sur l’anorexie, Inès, 23 ans : « Si le poids ne me convenait pas, je sautais des repas. »

30 avril 2026 | Réci'lience | 0 commentaires

Cet article fait partie de Réci’lience, une série de récits où des femmes et des hommes partagent un moment de leur vie où tout a vacillé… et où ils ont pourtant trouvé la force de se relever. Ici, tu découvriras une histoire vraie, humaine sans filtre. Un partage, comme si l’on se confiait entre nous.

Aujourd’hui, je te propose de découvrir le parcours d’Inès, 23 ans. Mariée, maman au foyer et diplômée en esthétique, elle rayonne d’une sérénité retrouvée.

Mais à 15 ans, entre un déménagement et une relation toxique, l’anorexie a doucement pris le contrôle. Ce qui a commencé comme une réaction à une rupture est devenu une prison mentale, où la nourriture faisait peur et le miroir mentait.

Dans ce témoignage, Inès raconte comment elle a brisé le silence pour guérir de l’anorexie, soutenue par sa mère qui a vécu la même épreuve, et comment l’amour l’a aidée à se réconcilier avec elle-même.

Une histoire de résilience lumineuse pour rappeler qu’on peut s’en sortir, retrouver la joie et transmettre à son enfant une relation apaisée avec la nourriture et le corps.

Le contexte avant l’anorexie

Peux-tu nous raconter dans quel moment de ta vie tu te trouvais avant que l’anorexie n’apparaisse ? (À la maison, à l’école, émotionnellement…)

J’étais en début de vraie adolescence, changement de maison, d’école, j’avais 15 ans.

Avant la maladie, avais-tu déjà une relation compliquée avec la nourriture ou avec ton corps, ou est-ce arrivé plus brutalement ?

J’ai une néophobie alimentaire qui est arrivée vers 4-5 ans. Je ne mange aucun légume. Je ne mange pas de plats mijotés, mélangés. Rien que certaines odeurs me donnent la nausée. Petite, au début, on me forçait à goûter. J’ai toujours été en dessous de la courbe, très mince, mangeant ce que je veux sans prendre de poids. À ce moment-là, mon poids maximum atteint était 45 kg.

Avec le recul, y avait-il déjà des fragilités ou des signaux que tu n’identifiais pas encore à l’époque ?

Oui, je mangeais énormément de « malbouffe » et je regardais beaucoup mon corps.

Tu étais alors dans une relation de couple difficile. Comment décrirais-tu cette relation aujourd’hui ?

J’étais sous emprise, il m’imposait énormément de choses, me bloquait quand ça ne lui convenait pas. Très possessif, colérique. Je m’excusais même quand ce n’était pas ma faute. Il critiquait mon physique, du genre : « De base, je préfère les filles aux yeux bruns », « Je t’ai connue avec les cheveux lisses, je t’aime pas avec les cheveux bouclés », etc. Il critiquait mon entourage, m’a quittée à deux reprises et est revenu quand je m’éloignais. Il faisait certaines choses drôles selon lui, mais pas pour moi. Même quand je demandais d’arrêter, il continuait.

Le déclencheur

La rupture avec ton ex-compagnon a marqué un tournant. Peux-tu nous raconter ce qu’elle a provoqué en toi ?

J’étais jeune, sous emprise, j’avais l’impression de perdre mon monde. Je n’arrivais pas à manger correctement. Cette première rupture a été très courte car je partais deux semaines aux États-Unis. Il est revenu avant. Mais même là-bas, il a fait des crises pour me faire culpabiliser.

L’arrêt de l’alimentation a d’abord été une réaction à cette rupture. À quel moment est-ce devenu un automatisme ?

Quand je voyais le chiffre augmenter sur la balance.

As-tu compris rapidement que tu développais un trouble du comportement alimentaire, ou cela t’a-t-il échappé au début ?

À vrai dire, je ne sais plus, mais je ne crois pas. Ça semblait « naturel » sur le moment.

Pendant l’anorexie

Comment l’anorexie se manifestait-elle concrètement dans ton quotidien ?

Je me pesais tous les jours au réveil. Si le poids ne me convenait pas ou si l’apparence dans le miroir ne me plaisait pas, je sautais les repas, je me sous-alimentais. Je ne mangeais que quelques cuillères devant mes parents.

Quelle place prenait la nourriture dans tes pensées à ce moment-là ?

Je sortais de ma tête la faim, je faisais autre chose et petit à petit l’appétit diminuait.

As-tu été suivie médicalement durant cette période ?

Quand je l’ai annoncé à ma mère, on est allées voir mon médecin traitant.

Comment se passait cet accompagnement ?

Il était inquiet de ne pas savoir gérer seul, mais ça se passait bien.

L’hospitalisation a été évoquée. Qu’est-ce qui te faisait le plus peur dans cette idée ?

J’avais peur d’être forcée à manger. Peur de reconnaître la maladie, je ne voulais pas me l’avouer.

À quel point étais-tu consciente de la gravité de la situation à ce moment-là ?

Je savais que si je perdais encore du poids, ce serait l’hospitalisation d’office et donc que c’était grave.

Quelles émotions, quels sentiments dominaient ton quotidien ?

J’étais triste, j’avais perdu la joie de vivre.

L’entourage et la transmission

À quel moment as-tu réussi à parler de ton anorexie à ta mère ?

Pendant la deuxième rupture avec mon ex. C’était encore pire à ce moment-là.

Ta maman avait elle-même connu l’anorexie. En quoi cette histoire commune a-t-elle influencé ta prise en charge et ton cheminement ?

Je pense que de son vécu, elle avait peur pour moi, surtout qu’elle n’avait pas été bien accompagnée à l’époque. Mais elle savait aussi comment faire pour m’aider.

Le fait qu’elle comprenne de l’intérieur ce que tu vivais a-t-il été un soutien particulier ?

Je n’en parlais pas beaucoup, mais je savais que je pouvais le faire quand je le souhaitais.

Plus largement, comment ton entourage était présent pour toi à cette période ?

Ils étaient présents sans être lourds, c’était bien.

Le regard des autres… et le tien

Est-ce que le regard des autres sur toi a changé durant cette période ? Comment le vivais-tu ?

Non, très peu de personnes le savaient. J’étais très maigre mais, vu que j’ai toujours été assez mince, ça passait un peu inaperçu. J’ai eu certaines remarques quand on voyait vraiment mes clavicules, ma colonne vertébrale, mais rien de touchant.

Pendant l’anorexie, comment te percevais-tu toi-même ?

Honnêtement, bien… C’est seulement après la guérison, en voyant les photos, que je voyais que c’était « trop ».

Y avait-il un décalage entre ce que les autres voyaient et ce que toi, tu ressentais intérieurement ?

Oui, oui, énormément, je me voyais bien plus grosse.

La résilience et le chemin vers la guérison

Y a-t-il eu un moment où tu t’es dit : « Stop, je ne veux plus vivre comme ça » ?

Oui, quand j’ai pensé que je devais aller à l’hôpital pour aller mieux. Je me suis dit que seule, je n’arriverais pas.

Qu’est-ce qui a été le premier pas vers la guérison ?

En parler à ma mère.

Quelles ont été les grandes étapes de ton chemin vers la guérison ?

L’aide de mon médecin et de mon entourage. Ensuite, j’ai fait mon bout de chemin.

Comment as-tu réussi à réapprendre à manger et à sortir de cet automatisme installé pendant des années ?

J’ai mangé tout ce dont j’avais envie, en supprimant les aliments de crise (cacahuètes, Nutella).

Est-ce que certaines personnes, certains moments ou certaines relations ont été déterminants dans ce processus ?

Mon mari ! Il a été adorable avant même qu’on soit ensemble.

À partir de quel moment as-tu senti que la maladie perdait de son emprise sur ta vie ?

Quand on s’est mis ensemble, je n’avais plus ces pensées sur mon corps.

La fin de l’anorexie ?

Est-ce que tu te considères aujourd’hui comme guérie ?

Oui !

Quelle est ta relation actuelle à la nourriture et à ton corps ?

Je mange sans me restreindre. Au niveau de ma néophobie, pas de progrès.

Depuis tes 19 ans, tu dis que tout va bien. Qu’est-ce qui a le plus changé en toi depuis cette période ?

Le regard des autres, je n’y prête plus attention.

Tu es devenue maman par la suite. Durant la grossesse, as-tu eu peur de voir ton corps changé ?

Étrangement non ! J’ai adoré ma grossesse, voir mon ventre s’arrondir comme ça. Au niveau des cuisses et des bras, un peu plus de mal mais j’ai perdu rapidement après.

Depuis que tu es maman, est-ce que ton vécu influence la manière dont tu abordes la nourriture et le corps avec ton enfant ?

Oui, j’essaie qu’il ait une bonne relation avec la nourriture. Je ne veux pas que le dessert soit une récompense, je ne le force pas à terminer son assiette, etc.

Que dirais-tu à une personne qui traverse actuellement des troubles du comportement alimentaire, et notamment l’anorexie ?

J’ai envie de dire que le chemin est long, mais il y a de la lumière au bout du tunnel. Les rechutes font partie de la guérison et on peut s’en sortir.

Quel message aimerais-tu transmettre aux proches, aux parents, qui se sentent parfois démunis face à la maladie ?

Il ne faut pas brusquer, je pense que ça peut faire l’effet inverse, et surtout chez les adolescents. Mais je comprends que cela soit dur. Soyez à l’écoute.

À travers son combat contre l’anorexie, Inès (doucemaman_aufoyer) nous montre que la résilience est une force douce et tenace. Elle permet de se réconcilier avec son corps, d’apprivoiser à nouveau la nourriture et de retrouver la lumière, même après les années d’ombre. Elle se nourrit de bienveillance, de liens sincères et de cette volonté précieuse de transmettre à son enfant une relation apaisée à la vie.

Plongeons maintenant dans le récit de Juliette, touchée par un mélanome à 21 ans. Elle a refusé de laisser la maladie éteindre sa soif de voyage. Une résilience « solaire » qui transforme cette épreuve en un combat pour la prévention, nous rappelant qu’il faut écouter son corps et se protéger, sans jamais renoncer à découvrir le monde.

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