Violence intrafamiliale : « A l’âge de 12 ans, je devais protéger mes frères des coups que nous recevions. »

30 janvier 2026 | Réci'lience | 0 commentaires

Cet article fait partie de Réci’lience, une série de récits où des femmes et des hommes partagent un moment de leur vie où tout a vacillé… et où ils ont pourtant trouvé la force de se relever. Ici, tu découvriras une histoire vraie, humaine sans filtre. Un partage, comme si l’on se confiait entre nous.

Aujourd’hui, je te partage le témoignage d’Angélique, 29 ans, nourrice, mariée et maman d’un enfant.

Derrière cette vie qu’elle a construite avec amour se cache une enfance marquée par la violence intrafamiliale, les privations et des responsabilités bien trop lourdes pour une enfant.

Pendant des années, Angélique a tenu, protégé, encaissé, persuadée que l’amour pouvait tout excuser.

C’est en devenant mère à son tour qu’un déclic s’opère : elle comprend que l’amour ne fait pas mal. En trouvant le courage de couper les ponts, elle a choisi de se libérer, de se reconstruire et d’offrir à son enfant une histoire différente.

« […] mon enfance a été parfaite jusqu’à mes 10 ans, âge auquel tout a basculé. »

Peux-tu nous raconter un peu ton enfance ?

J’ai eu une enfance très complexe. Je suis l’aînée de quatre enfants, également la seule fille, mais nous avons seulement la même mère. J’ai également un grand frère du même père.

Je dirais que mon enfance a été parfaite jusqu’à mes 10 ans, âge auquel tout a basculé. J’ai passé principalement mon enfance chez ma tante ; c’est elle qui m’a élevée durant mes dix premières années.

Sentais-tu que quelque chose n’allait pas, ou était-ce simplement “ton quotidien” ?

Quand j’étais enfant, avant mes 10 ans, je me sentais bien, j’étais épanouie avec mes deux petits frères.

À l’âge de 12 ans, je suis devenue grande sœur, mais également maman protectrice de mes frères, afin de les protéger des coups que nous recevions et de nous trouver à manger, car nous n’étions pas nourris comme il se doit.

Quand mon dernier petit frère est né, je suis devenue sa « maman ». Je m’occupais de lui h24. Je savais que quelque chose n’allait pas, mais pour mes frères, je me battais et je subissais.

Quand mes deux frères sont partis vivre chez ma tante, j’avais l’obligation de rester m’occuper du petit dernier. J’étais donc coincée dans ce quotidien tellement dur.

⚠️Il est important de le rappeler : vivre des violences, quelles qu’elles soient, n’est jamais normal. Personne ne mérite d’avoir peur, d’être rabaissé, contrôlé ou blessé. Si l’on est victime de violences intrafamiliales, en parler est une étape essentielle pour se protéger et être accompagné. Et si l’on est témoin de violences, agir peut sauver une vie. Le silence protège toujours l’agresseur, jamais la victime.

Si tu es victime ou témoin, il y a la possibilité d’appeler bien évidemment le 17 ou 112, mais aussi le numéro 119 enfant en danger. Je te remets la liste de tous les numéros nationaux utiles.

« Le déclic est arrivé à l’âge de mes 27 ans, quand mon fils est né. »

Quel événement ou quelle prise de conscience t’a fait comprendre que tu devais sortir de cette situation ?

Le déclic s’est fait en plusieurs étapes. Quand j’ai rencontré mon chéri, il m’a fait comprendre que ce quotidien n’était pas normal. Il m’aidait, m’épaulait, mais je n’avais pas encore ce réel déclic.

Le déclic est arrivé à l’âge de mes 27 ans, quand mon fils est né. J’ai compris qu’une mère ne peut pas aimer son enfant tout en le privant de nourriture, en le frappant, ni même en l’utilisant.

Il était hors de question pour moi de faire subir ne serait-ce qu’un quart de ce que j’ai vécu à mon fils. Alors j’ai stoppé tout contact avec presque toute ma famille, et c’est la meilleure décision de ma vie.

« Le plus dur a été de penser que ma mère m’aimait. »

En repensant à l’enfant que tu étais, qu’est-ce qui semble avoir été le plus douloureux pour elle ?

En repensant à mon enfance, le plus dur a été de penser que ma mère m’aimait. Je la regardais avec tellement d’amour et je la vénérais tellement que le déclic a été très douloureux.

Qu’est-ce qui t’a le plus manqué pendant cette période ?

Ce qui m’a marquée durant cette période, c’est que personne ne m’a aidée, personne ne me croyait, hormis mon mari, qui m’a vraiment aidée à m’en sortir.

La résilience pour se reconstruire après cette violence intrafamiliale

Quel a été pour toi le premier pas vers la reconstruction ?

Le premier pas vers la reconstruction a été de prendre mon indépendance, de vivre comme je le voulais, chez moi, loin de toutes tensions.

Quelles ressources t’ont aidée à tenir (personnes, activités, thérapies, croyances, habitudes…) ?

Quand je subissais ces violences, je m’enfermais dans ma bulle avec la musique. Un groupe de musique en particulier m’a énormément aidée à me mettre dans ma bulle et à ne penser à rien.

Qu’est-ce qui t’a donné de la force à une période où tu pensais ne plus en avoir ?

Au moment où j’ai cru toucher le fond, où je pensais vraiment en finir, mon mari est arrivé et m’a sorti la tête de l’eau. Je lui en serai éternellement reconnaissante.

Ton histoire a-t-elle changé ta manière de faire confiance ou d’aimer ?

À cause de mon passé, je suis très pudique sur mes sentiments, je surprotège mon fils et je suis hyper attachée à mon mari.

Quand tu as envisagé d’avoir des enfants, as-tu eu la crainte de reproduire ce que tu avais subi ?

J’ai toujours voulu des enfants et je savais d’ores et déjà que je les protégerais de tout ça. Plus tard, je leur expliquerai mon histoire afin qu’ils sachent pourquoi je les protège autant.

« Si tu vis quelque chose de similaire, parles-en autour de toi. […] Ose dire non et ose couper les contacts. »

Si tu pouvais parler à l’enfant ou à l’adolescente que tu étais, que lui dirais-tu ?

Si je pouvais parler à l’adolescente que j’étais, je lui dirais de se battre. Je sais que c’est très dur, mais l’avenir est tellement beau. Je lui dirais également de ne pas lui faire confiance, de se méfier.

À quel moment t’es-tu sentie fière de toi pour la première fois après tout ce que tu as traversé ?

La fois où je me suis sentie extrêmement fière de moi, c’est quand j’ai dit stop et que j’ai coupé les ponts avec toutes les personnes qui m’ont fait du mal.

Quelle victoire, même minuscule, te prouve aujourd’hui que tu t’es construite autrement que ce qu’on t’a fait vivre ?

Ma victoire, celle qui me prouve que je me suis construite autrement, c’est que j’ose dire non. Alors qu’auparavant, c’était impossible pour moi.

Que voudrais-tu dire à une personne qui vit aujourd’hui ce que tu as vécu ?

Si tu vis quelque chose de similaire, parles-en autour de toi. Ne reste pas seul(e) et ne garde rien en toi, car ça détruit. Ose dire non et ose couper les contacts.

Ce sera un chemin long, mais l’arrivée est tellement belle.

À travers son parcours, Angélique nous montre que la reconstruction est possible. Que penser à sa sécurité, à son bonheur et à sa vie peut impliquer de s’éloigner de relations qui ont fait du mal. Sa résilience lui a donné la force de dire stop et de se choisir. Je te propose, si tu le souhaites, de découvrir le parcours de Chris, une femme forte qui a subi des violences conjugales, notamment des violences verbales et psychologiques.

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