Témoignage de Marie, 19 ans : « Le viol n’est pas juste un acte sans sens, cela peut détruire une personne. »

2 mars 2026 | Lifestyle, Réci'lience | 0 commentaires

Cet article fait partie de Réci’lience, une série de récits où des femmes et des hommes partagent un moment de leur vie où tout a vacillé… et où ils ont pourtant trouvé la force de se relever. Ici, tu découvriras une histoire vraie, humaine sans filtre. Un partage, comme si l’on se confiait entre nous.

Aujourd’hui, je te propose de découvrir le témoignage de Marie, 19 ans. Étudiante en Sciences pour la santé, brancardière en clinique, passionnée de sport (gymnastique, natation et en préparation pour l’Hyrox de Paris 2026). Elle vivait pleinement son projet de réussir sa première année de médecine avant l’évènement qui a bouleversé sa vie : le viol. Une violence qu’on n’imagine jamais comme possible, jusqu’à ce qu’elle nous touche. Une violence intime et incommensurable.

Dans ce témoignage, Marie nous raconte le choc, le silence, les examens passés dans le flou, la peur et les doutes… mais aussi les rencontres qui réparent, le travail qui redonne du sens, le sport pour se relever, et cette force intérieure qui, peu à peu, l’aide à avancer sans laisser ce viol la définir entièrement.

« À ce moment-là, mon seul projet était de passer en deuxième année de médecine.« 

Avant cet événement, qui étais-tu ? Comment te décrirais-tu à ce moment-là de ta vie ?

À ce moment-là, j’ai mis ma vie de côté pour ma première année de médecine, donc je peux dire que tout le reste avait disparu pour moi. J’étais focus sur mes études et c’est tout ce qui comptait. Je n’ai jamais été aussi investie dans un projet. Cette première année de médecine, c’était toute ma vie.

Comment tu te sentais intérieurement, dans ton quotidien, tes études, tes projets ?

J’étais concentrée, focus (juste un peu stressée). Je mettais mes émotions négatives et autres problèmes de côté pour être la meilleure pour mes études.
Mon quotidien, c’était aller à la fac, manger, réviser chez moi et dormir (c’était à peu près des journées de 10h de cours et révisions, même le week-end) et j’allais juste une fois par semaine à la gym pour ne pas perdre pied.
À ce moment-là, mon seul projet était de passer en deuxième année de médecine.

Quelle vision avais-tu des violences sexuelles avant que cela ne t’arrive ?

Je pensais que c’était quelque chose d’horrible, que cela existait bien plus qu’on ne le pensait, que c’était quelque chose de traumatique qui pouvait détruire des femmes, mais je pensais beaucoup « ça n’arrive qu’aux autres ».

Est-ce que tu pensais, comme beaucoup, que « ça n’arrive qu’aux autres » ?

Oui exactement, certes c’est cliché comme pensée, mais quand déjà dans la vie de tous les jours on n’est jamais la personne qu’on regarde ou qui plaît à qui que ce soit, forcément on pense encore moins que ça peut nous arriver.

« Je ne me rendais pas compte de ce qui venait de se passer. J’étais focus sur ma journée qui arrivait et j’ai continué à avancer dans mes révisions car mon examen de semestre était une semaine après… »

Peux-tu nous raconter le contexte dans lequel ces violences sexuelles sont survenues ?

C’était un ami, pas de longue date, mais on s’était déjà vus. Il voulait qu’on se voit car il partait à Paris après, donc on s’est vus chez moi comme d’habitude.

⚠️A partir du moment qu’une personne a subi un acte de pénétration sexuelle non consenti, il s’agit d’un viol. C’est un crime. Je te mets à disposition le site du service public du gouvernement pour connaître toutes les procédures à effectuer en cas de viol (hôpital, gendarmerie, psychologue, etc).

Le fait que cela se soit produit dans un lieu censé être sécurisant et par une personne connue, qu’est-ce que cela a bouleversé en toi ?

C’est très perturbant car au début il faut pouvoir réussir à vivre au quotidien dans un environnement traumatisant. J’ai essayé d’oublier cette partie du souvenir pour pouvoir dormir et vivre chez moi, mais ça n’a pas été facile.

Sur le moment et juste après, dans quel état étais-tu, physiquement et mentalement ?

Je ne me rendais pas compte de ce qui venait de se passer. J’étais focus sur ma journée qui arrivait et j’ai continué à avancer dans mes révisions car mon examen de semestre était une semaine après, donc je n’ai rien changé sauf que je ne retenais pas ce que j’apprenais. Physiquement j’étais dégoûtée de moi-même, donc je me suis mise à la muscu au poids du corps chez moi, j’avais besoin de changer.
Puis je me suis posé plein de questions : porter plainte ? Est-ce que je suis enceinte ? Est-ce que j’aurais pu attraper une IST ou MST ?

En étant en études de médecine, je savais les conséquences que ça aurait pu avoir sur ma vie.
Mentalement je n’étais plus là. Je pensais à tout ce que je ne pouvais pas contrôler. Je suis partie en vacances avec mes parents et mes sœurs à Lisbonne pendant les vacances de Noël et les seules choses dont je me souviens, c’est que j’ai été horrible pour eux, je parlais mal et j’étais vraiment invivable.

À quel moment as-tu compris que ce que tu avais vécu était un traumatisme ?

Je l’ai su le jour de mes examens où tous les souvenirs sont revenus. J’étais incapable de réfléchir mais je n’avais pas le choix de répondre aux questions de l’examen, donc j’ai foiré mon examen.
Puis au fil du temps j’avais des souvenirs qui revenaient sans explication, surtout le stress d’après quand j’ai réalisé les impacts que ça aurait pu avoir sur ma vie (le fait que j’aurais pu être enceinte ou autres choses dans ce type-là).

Continuer de vivre avec ce viol comme si de rien n’était

Après cette agression sexuelle, comment ton quotidien a-t-il changé ?

Suite à ça, j’ai passé mes journées à faire du sport, à dormir et attendre les résultats de mon examen car j’ai été en vacances jusqu’à mi-janvier. J’ai essayé de ne pas y penser, je n’en parlais pas et je me concentrais sur mes objectifs. J’étais beaucoup plus renfermée sur moi-même.

Tu parles d’un état de vide, d’absence à toi-même : comment cela s’est manifesté concrètement ?

Ça arrivait comme ça, sans prévenir. C’était comme si j’étais dans la lune et que je ne pouvais pas en sortir. Je n’étais plus capable de compatir pour les autres, d’éprouver des émotions ou encore des réactions. Ça donnait l’impression que je m’en fichais de tout alors que ce n’était pas le cas.

Comment as-tu vécu cette période de révisions et d’examens dans cet état-là ?

J’étais dans un déni total pendant les révisions, c’était comme s’il ne s’était rien passé. En tout cas je faisais tout pour que mon cerveau pense ça. Puis pendant les examens, c’est comme si tout s’était libéré et que je n’arrivais plus à contrôler tout ça. Mais à ce moment-là il fallait que je me concentre.

Le stress lié à la peur d’une grossesse a été très présent : comment as-tu traversé cette angoisse supplémentaire ?

Honnêtement je ne sais pas comment j’ai fait. C’était une angoisse horrible, juste d’y repenser ça me donne des frissons. Les études de médecine m’ont beaucoup aidée car je savais en théorie quoi faire. Mais le plus compliqué c’est d’appliquer ça en pratique, le courage de faire les démarches, d’affronter les regards et les jugements des autres (du corps médical et du personnel pharmaceutique).

Le regard des autres et le silence

Comment s’est passée cette période avec ton entourage, sans qu’ils sachent ce que tu vivais réellement ?

J’étais vraiment insupportable, même moi maintenant je me demande comment ils ont fait pour me supporter.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à porter dans le fait de devoir « faire semblant » ?

Le plus compliqué a été de compatir et d’éprouver des émotions pour les autres car je n’arrivais même pas à en éprouver pour moi-même.

Les remarques, même bienveillantes, ont-elles parfois été douloureuses à entendre ?

Le plus compliqué a surtout été l’annonce des résultats quand j’ai réalisé que j’avais loupé mes examens à cause de ça, mais que les autres me disaient que ce n’était pas grave, que médecine c’était compliqué et que tout le monde ne pouvait pas réussir. Alors que moi j’étais dégoûtée car mon destin dans la médecine a été dicté par une autre personne que moi, car j’étais capable de faire bien mieux que ce que j’ai fait et j’ai encore cette once de déception de moi-même car je n’ai pas pu faire le meilleur de moi-même pour réaliser le rêve de ma vie. Je n’ai toujours pas fait le deuil de cet échec.

Qu’est-ce que ce silence t’a coûté… et qu’est-ce qu’il t’a peut-être permis de préserver ?

Ça a surtout permis de préserver les autres. Je ne voulais pas voir la tristesse dans leurs yeux ou encore qu’ils s’en veuillent de n’avoir rien vu, rien fait pour pouvoir éviter ça ou encore m’aider.

L’impact sur les rêves et l’estime de soi

L’échec à ces examens a été un autre choc : comment l’as-tu vécu à ce moment-là ?

Très mal, pour moi ma vie s’était arrêtée, je n’avais plus le goût à la vie. Même en intégrant l’équipe de brancardiers, je n’étais pas la personne que je suis devenue cet été.
Grâce à certaines personnes et une en particulier, j’ai réussi à retrouver ce goût à la vie, à affronter l’idée d’une autre orientation, les résultats Parcoursup qui n’ont pas été comme je le voulais non plus. J’ai réussi à quand même passer mes examens du deuxième semestre car je voulais vraiment clôturer cette année.
L’échec a été très compliqué à vivre mais j’ai réussi à le surmonter grâce à cette personne, même si ça m’arrive de vouloir refaire cette année pour qu’elle se passe autrement mais cela n’est malheureusement pas possible.

Comment fait-on le deuil d’un rêve quand on sait qu’il n’a pas été brisé par un manque de travail, mais par un traumatisme ?

Je ne sais pas car je ne pense pas l’avoir fait et je pense que je n’arriverai jamais à le faire.
C’est le rêve de ma vie, pas juste de quelques années, c’est une passion qui me fait vibrer, pas juste un domaine que j’aime.

Est-ce que tu t’en veux encore aujourd’hui, ou as-tu réussi à poser un regard plus juste sur cette période ?

Certes j’ai un regard différent, je ne m’en veux pas car je ne suis dans aucun cas responsable de ce qui s’est passé, mais je m’en veux de comment j’ai géré mes examens même si je n’aurais pas pu faire autrement que ce que j’ai pu faire.

Résilience et reconstruction

À quel moment as-tu senti que quelque chose recommençait à s’apaiser en toi ?

J’ai commencé à ressentir ça au moment où l’on s’est intéressé à moi, où l’on m’a aimée pour la personne que j’étais malgré ce traumatisme et les autres choses qui font que je suis moi.

Qu’est-ce qui t’a aidée à renouer avec tes émotions et ton identité ?

Le fait de voir quelqu’un apprendre à me connaître (à discuter, à rigoler, à passer des moments ensemble), je me suis à nouveau rendu compte de ma valeur, de qui j’étais avant et ça m’a aussi permis de savoir qui je voulais être pour les gens qui comptent et qui comptaient pour moi.

En quoi les nouvelles rencontres, les nouveaux projets ou les nouvelles études ont-ils participé à ta reconstruction ?

Ça permet d’avancer, de découvrir des gens qui ne me connaissaient pas avant.
Le travail à la clinique m’a permis de me reconstruire en rencontrant des personnes incroyables et aussi de me rapprocher au plus près de mon rêve et d’aider les autres.

« Cette histoire fait partie de moi mais elle ne m’impacte plus. »

Aujourd’hui, dirais-tu que tu avances avec cette histoire, ou malgré elle ?

Oui car elle fait partie de moi mais elle ne m’impacte plus, elle ne me contraint plus dans la personne que je suis et celle que je veux être dans mon futur.
Mais cela a quand même un impact quand je fais de nouvelles rencontres.

Quelle place cette violence sexuelle occupe-t-elle aujourd’hui dans ta vie ?

C’est une chose importante mais ce viol ne prend plus autant de place qu’avant.

Est-ce que tu dirais qu’il fait partie de ton histoire, sans la définir entièrement ?

Exactement, cela ne me définit pas totalement, cela me définit autant que mes opérations du genou, ou encore d’autres évènements qui ont forgé mon caractère et qui me permettent d’être qui je suis aujourd’hui.

Qu’est-ce que cette épreuve t’a appris sur toi-même ?

Cela m’a appris que je suis capable d’affronter beaucoup de choses seule, que j’ai un mental prêt à toute épreuve.

« Ce n’est pas juste un acte sans sens, cela peut détruire une personne. »

Pourquoi était-il important pour toi de partager ton témoignage aujourd’hui ?

Cela me permet d’expliquer les impacts que cela peut avoir sur une vie, que ce n’est pas juste un acte sans sens, cela peut détruire une personne si elle n’arrive pas à s’en remettre. Et en parler est aussi un moyen pour moi de passer encore plus à autre chose.

Qu’aimerais-tu dire aux personnes qui vivent ou ont vécu un viol, mais qui n’osent pas parler ?

Je pense que ne pas en parler est un moyen de se protéger et de repousser à plus tard. Mais je ne pense pas que ce soit une bonne solution à long terme. En parler c’est compliqué mais une fois qu’on l’a fait ça libère.
Ce n’est pas une honte, ça nous est arrivé et ce n’est pas pour ça qu’on doit arrêter de vivre et qu’on va nous regarder bizarre quand on le dit. En parler c’est important mais le plus important c’est de parler pour soi et d’être prête. Il faut le faire en premier lieu pour soi et pas pour les autres.

Et enfin, qu’aimerais-tu que l’on comprenne mieux, collectivement, sur ce type de violences ?

Que c’est important d’en parler et que ça n’arrive pas juste aux autres.

À travers cette épreuve, Marie nous montre que la résilience est une force silencieuse mais essentielle. Elle permet de se relever, d’apprivoiser les blessures invisibles et de retrouver peu à peu confiance en soi, même après des violences sexuelles. Elle se construit dans le temps, dans les rencontres qui réparent, dans les projets qui redonnent du sens, et dans cette volonté profonde de continuer à avancer.

Je te propose, si tu le souhaites, de découvrir le témoignage de Chris, qui a subi des violences conjugales. Une femme qui s’est battu pour retrouver la joie de vivre et qui a su trouver la force, la résilience de surmonter cette épreuve.

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