Cet article fait partie de Réci’lience, une série de récits où des femmes et des hommes partagent un moment de leur vie où tout a vacillé… et où ils ont pourtant trouvé la force de se relever. Ici, tu découvriras une histoire vraie, humaine sans filtre. Un partage, comme si l’on se confiait entre nous.
Aujourd’hui, je te partage le témoignage d’Inès, 23 ans, maman au foyer et diplômée en esthétique.
Mariée et passionnée par son quotidien familial, elle partage avec nous un parcours difficile qu’elle a traversé pendant son adolescence. À travers ses mots, elle nous raconte le harcèlement scolaire qu’elle a vécu, les obstacles qu’elle a rencontrés et la force qu’elle a su puiser pour continuer à avancer.
Son témoignage nous invite à comprendre la réalité de ces expériences douloureuses, tout en soulignant la résilience et le courage nécessaires pour s’en relever.
« Pour moi, cet harcèlement scolaire est vraiment parti d’une histoire débile. […] On s’était pris la tête, mais “sans plus”. […] Après le week-end, aucune des filles de ma classe, y compris une amie proche, ne me parlait plus. »
Avant que le harcèlement scolaire ne commence, peux-tu nous raconter comment se passait ta vie à ce moment-là ?
J’étais en couple depuis un an avec un garçon toxique, et j’étais évidemment très attachée à lui. À ce moment-là, j’étais anorexique depuis peu.
Comment te sentais-tu, à la maison, à l’école, dans ton quotidien d’adolescente ?
Je me sentais bien en cours et chez moi, malgré quelques tensions avec mon père, mais comme tout adolescent, je suppose. Avec mon ex, ça dépendait des jours. Je pleurais souvent dans notre relation, et j’avais parfois des problèmes avec la direction à cause de lui.
Si tu arrives à l’identifier, quel a été selon toi le point de départ, le déclencheur de ce harcèlement ?
Pour moi, cet harcèlement scolaire est vraiment parti d’une histoire débile, si je peux dire. On avait des cours à option (social animation) et on devait faire des stages pendant les grandes vacances. Il restait une place dans un lieu de ma ville, mais deux copines de ma classe y avaient déjà été l’année précédente en job étudiant. On ne s’entendait pas sur les dates à cause de nos vacances en famille. On s’était pris la tête, mais “sans plus”. J’étais stressée d’aller en cours le lendemain. La journée ne s’est pas bien passée, elles ne me parlaient pas et j’ai demandé à partir. Après le week-end, aucune des filles de ma classe, y compris une amie proche, ne me parlait plus.
Comment s’est déroulé le harcèlement scolaire
De quelles manières ces personnes te harcelaient-elles ?
Elles m’ont harcelées par les réseaux sociaux, avec des paroles blessantes, en créant des rumeurs et même en allant fouiller sur mon téléphone pendant le cours de sport. Il y a même eu des coups dans le ventre, donc des bagarres.
Est-ce que cela restait limité à un petit groupe ou est-ce que cela s’est étendu à l’ensemble de l’établissement ?
Ça restait « juste » les filles de ma classe.
Comment te sentais-tu intérieurement durant cette période ?
Je me suis sentie très mal durant cette période. Je refusais d’aller aux cours d’options et de sport, parce que je ne voulais pas être obligée de leur parler.
Quelles émotions revenaient le plus souvent ?
Je ressentais de l’angoisse et de la colère.
As-tu réussi à en parler à quelqu’un (famille, amis, adulte de confiance) ou as-tu préféré garder tout cela pour toi ? Et pourquoi ?
J’en ai parlé directement à ma famille et à mon copain. Mon père a contacté la direction.
⚠️Si ton enfant vit cette même situation et que tu ne sais pas comment agir, je te partage les démarches à réaliser pour agir contre le harcèlement scolaire publiées par l’état.
Combien de temps cette situation a-t-elle duré ?
Cette situation a duré de janvier à juin 2019.
Comment les choses se sont-elles arrêtées ?
Les choses se sont arrêtées quand les examens se sont terminés et que j’ai quitté l’école.
L’établissement a-t-il réagi ou mis en place des actions ?
L’établissement a un peu réagi. Ils ont d’abord aménagé mon emploi du temps pendant quatre semaines pour que je n’aille qu’aux cours généraux. Mais on ne me croyait pas, malgré des preuves écrites sur les réseaux. On m’a dit que c’était de ma faute d’avoir un téléphone à code et non à empreinte digitale. On m’a aussi dit que je devais revenir à tous les cours, sinon je risquais de rater mon année.
Y a-t-il un moment précis où tu t’es dit « là, ça va trop loin » ?
Dès le début, je me suis dit que ça partait d’une simple histoire de stage et que c’était déjà abusé, et que les autres filles avaient suivi le mouvement… rien que là, c’était déjà trop.
La résilience pour se sortir de cet harcèlement scolaire
T’es-tu sentie soutenue durant cette période, d’une manière ou d’une autre ?
Je me suis un peu sentie soutenue par mon ex, même s’il avait changé d’école, et par ma famille.
Avais-tu des ami.e.s qui sont resté.e.s près de toi malgré la situation ?
Oui, j’avais des amies dans d’autres classes. Au moins, je n’étais pas seule pendant les pauses.
Y a-t-il eu des moments où tout te semblait trop lourd, où tu te sentais perdue, sans savoir comment t’en sortir ?
Chaque cours où je devais échanger avec elles me semblait insurmontable. Je ne voyais pas le bout… quelques garçons de la classe étaient là pour m’aider un peu.
À cet âge-là, comment as-tu trouvé la force de continuer à avancer, même un pas à la fois ?
Je visais la fin d’année. Je voulais réussir la tête haute et obtenir la meilleure note à la qualification .
Changer d’école était-il une source d’angoisse pour toi ?
Un peu, mais j’avais hâte et les professeurs connaissaient la situation.
Avais-tu peur que le harcèlement recommence ailleurs ?
Bizarrement non, je n’avais pas peur que le harcèlement recommence ailleurs.
Qu’est-ce qui t’a le plus aidée à te reconstruire après coup, même si ça a pris du temps ?
Ce qui m’a le plus aidé à me reconstruire après coup, ce sont mes amies proches, et ensuite le confinement lié au Covid, où l’école n’existait plus vraiment. Je me sentais libre.
Son message aux victimes de harcèlement
Avec le recul, est-ce que ce harcèlement scolaire a laissé des traces aujourd’hui ?
Oui, cet harcèlement m’a laissé des traces. J’ai toujours peur de les recroiser en groupe. Depuis que je suis maman, j’ai revu une des filles avec laquelle je m’étais battue : nous nous sommes ignorées, heureusement, car mon fils était là. Mais après avoir vécu ça, je me trouve forte.
Si tu pouvais t’adresser à l’adolescente que tu étais à ce moment-là, qu’aurais-tu envie de lui dire ?
Que rien n’est de sa faute, qu’elle est courageuse et qu’elle va réussir sa vie. Le meilleur reste à venir.
Qu’aimerais-tu dire aujourd’hui à un.e enfant ou un.e adolescent.e qui vit (ou a vécu) la même chose et qui a du mal à s’en remettre ?
J’aimerais lui dire, qu’il faut en parler à des personnes de confiance et ne pas avoir peur de le dire. Une personne te croira.
Est-ce que cette épreuve a changé la personne que tu es aujourd’hui ?
Alors non, mais maintenant que je suis maman, j’ai peur que mon fils connaisse ça.
D’une certaine manière, est-ce qu’elle t’a aussi forgée ?
Oui, beaucoup. Ça nous rend plus forts, quoi qu’on dise.
Pour terminer, si tu devais choisir un mot pour résumer ton parcours, lequel serait-il ?
Ça serait LE COURAGE.
Le parcours d’Inès illustre à quel point le harcèlement scolaire peut marquer profondément, mais aussi comment le soutien, l’entourage et la détermination personnelle peuvent permettre de se reconstruire. Aujourd’hui, elle se sent plus forte, consciente de sa valeur et prête à protéger ceux qu’elle aime. Son histoire rappelle aux adolescents et aux adultes que personne n’est seul face à ces épreuves, et qu’il est toujours possible de trouver la force d’avancer, un pas à la fois.
Je te propose, si tu le souhaites, de découvrir le témoignage de Mélissa, touchée par un cancer orl rare. Une femme rayonnante qui a su trouver la force, la résilience de surmonter cette épreuve.

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